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15/02/2016

Moyen-Orient: à quand une analyse intelligente et objective?

Devant la façon dont sont gérés les évènements récents au Moyen-Orient, j'aimerais mettre en avant le manque d'intelligence d'une grande partie des observateurs internationaux, en me concentrant sur deux cas différents mais tous deux fort illustratifs: le conflit-israélo-palestinien, et l'émergence de Daesh.   


L'intelligence, c'est la capacité de se tirer hors de sa propre condition afin d'analyser une situation de la façon la plus objective possible. Si l'on accepte cette définition, force est de constater que les évènements au Moyen-Orient sont abordés de manière extrêmement peu intelligente par une grande partie des observateurs internationaux.

 

S'il paraît compréhensible que les acteurs directement concernés sont dans l'impossibilité d'analyser la situation de façon rationnelle et objective tant les enjeux pour eux sont immenses, on ne peut pas en dire autant de la part des observateurs extérieurs. Encore peut-on accepter que certaines régions ne soient pas capables d'offrir à leurs habitants un environnement propice à l'objectivité, notamment les régions proches des différents conflits, indirectement concernées. En revanche, avec autant de possibilités de s'informer et une liberté de pensée fortement affirmée, la société occidentale, et surtout européenne, n'a, elle, pas d'excuse pour analyser la situation de façon si peu intelligente. On peut distinguer deux raisons principales à ce manque d'objectivité et de rationalité en Europe: la volonté de simplification et le communautarisme subjectif. Voyons à quel point ces deux façons de penser de la société occidentale posent problème, dans deux situations fort différentes que sont le conflit israélo-palestinien et l'émergence de Daesh.

Dans l'analyse occidentale du conflit israélo-palestinien, on assiste à une certaine dichotomisation de la responsabilité avec d'un côté les coupables, et de l'autre les victimes, pour les deux raisons précitées, à savoir la volonté de simplification et le communautarisme subjectif. D'une part, il est clair que voir la situation de manière dichotomique et simplifiée procure un grand sentiment de satisfaction aux observateurs, leur donnant l'impression de comprendre totalement la situation. D'autre part, phénomène probablement encore plus problématique, on voit un communautarisme par définition subjectif, que ce soit de la communauté arabo-musulmane qui prend faits et causes pour le camp palestinien, ou la diaspora juive, du côté israélien. Or, cette dichotomisation de la responsabilité ainsi que ce communautarisme à l'outrance ne permet pas à l'Occident de jouer le rôle d'arbitre qui lui serait pertinent, mais ne fait qu'attiser les tensions entre Israéliens et Palestiniens. Cela ne signifie pas qu'on ne doit pas condamner certains actes commis par l'une ou l'autre des parties, mais cela signifie que le fait de prendre parti depuis l'extérieur en rentrant en opposition avec l'une ou l'autre des parties ne va que pousser cette partie vers le renfermement et surtout vers le plus dévastateur des sentiments, la peur, sachant qu'aucune des "deux" parties ne sera un jour totalement vaincue. Ce phénomène du renfermement associé à la peur est absolument déterminant dans l'exemple du conflit israélo-palestinien et il sera développé plus en détail à l'occasion d'un prochain billet.

De façon un peu différente, la dichotomisation de la situation entre bien et mal et le communautarisme subjectif sont aussi fort problématiques dans la manière qu'a la société européenne de gérer l'émergence de Daesh et surtout l'élargissement de ses activités sur le territoire européen. La simplification de la situation est surtout perceptible au niveau politique, dans la façon de réagir militairement, avec ces bombardements meurtriers qui donnent l'impression de considérer le problème comme une tumeur à éliminer, solution qui paraît peu à même de régler la situation de manière durable. Cette solution semble également considérer la situation de manière dichotomique, en faisant une claire distinction dans la population entre djihadistes et non-djihadistes, alors que comme l'affirme Pierre-Jean Luizard, de nombreuses populations locales collaborent avec l'État Islamique sans forcément pour autant être "djihadiste"... Et de toute façon, qu'est ce que précisément un djihadiste dans ces régions? Y a-t-il réellement une limite claire entre djihadiste et non-djihadiste? Mais ceci n'est pas l'aspect le plus problématique. En effet, une fois encore, le communautarisme à l'international l'est bien d'avantage. Qu'on le veuille ou non, ces actes ont été commis au nom d'une religion, aussi abstraite soit-elle, à l'encontre de l'Occident, concept à nouveau très abstrait. On peut donc affirmer sans faire de généralité et sans attribuer de culpabilité que la "communauté" musulmane ainsi que la "communauté" occidentale sont directement concernées. Mais encore une fois, on assiste à un communautarisme aveuglant des deux côtés, totalement dans la subjectivité, qui fait qu'aucun "côté" ne parvient à assumer ses parts de responsabilité et par conséquent, cela ne permet pas de faire améliorer la situation. 

 

Considérons à présent deux manières d'analyser la situation de façon objective et intelligente, l'une à l'extrême de l'idéalisme et l'autre à l'extrême du pragmatisme. À l'extrême de l'idéalisme, on peut essayer de comprendre et d'expliquer tous les comportements des acteurs de nos deux exemples par une logique historique. En effet, pour donner un exemple tout à fait caricatural et simpliste, on peut vouloir expliquer en partie le comportement actuel du Hamas par la politique d'occupation d'Israël, qui elle-même peut être en partie expliquée par les tensions à la suite des guerres entre Israël et les pays arabes, qui sont elles en partie expliquées par la Nakbah, qui est elle en partie expliquée par l'Holocauste, et ainsi, on peut remonter jusqu'au roi Salomon et même jusqu'à Gaia et Ouranos. Si cette façon de réfléchir paraît totalement pertinente tant dans sa justice que dans sa justesse, elle paraît difficilement pouvoir seule amener une solution dans les faits.

De l'autre côté, on peut voir une façon de réfléchir beaucoup plus pragmatique, faisant fi des évènements passés qui ne pourront jamais être vraiment résolus, et étant basée sur une vue actuelle et même future de la situation, ayant comme point principal de mettre en avant le principe de la responsabilité individuelle et collective. Cette façon de penser veut pousser chaque partie à un conflit, et même d'éventuelles parties extérieures comme la communauté internationale, à se concentrer sur leurs propres responsabilités avant de blâmer les autres. Elle veut que chaque côté voie sa responsabilité avant de se cacher derrière celle des autres, car dans toute situation, la responsabilité est partagée de manière plus ou moins égale. Et c'est aussi le cas dans nos deux exemples, que ce soit, pour citer des parts de responsabilité spécialement marquantes, Israël et sa politique d'occupation, la Palestine et l'importance des mouvements violents, la communauté musulmane avec le développement de l'extrémisme religieux ou l'Occident avec le problème de l'intégration. Cela ne signifie pas forcément pour autant voir sa responsabilité comme plus grande que celle des autres, mais se concentrer sur ce que l'on est en mesure de pouvoir changer, et ainsi pouvoir avancer vers une solution. 

S'il parait très idéaliste, voire utopiste, d'exiger cela des gens sur le terrain directement touchés par le conflit, il paraît totalement légitime de pouvoir exiger cela des observateurs internationaux, et surtout en Europe. Quelle est ma responsabilité? Que pouvons-nous, depuis ici, faire pour améliorer la situation, même de la façon la plus mineure et dérisoire?

La réponse, même si elle n'est pas unique et évidente n'est certainement pas de basculer dans un point de vue subjectif influencé par un communautarisme aveuglant ou une volonté de simplification, aspects qui nous feraient prendre parti et ainsi accentuer l'opposition entre les parties dans chacun des deux exemples. Elle est probablement à trouver entre ces deux exemples d'analyse proposés, celle idéaliste et juste, et celle pragmatique et utile, et amène en tout cas à une première réponse concrète et difficilement contestable: favoriser le dialogue et surtout l'ouverture d'esprit. 

(suite dans un prochain article)

Commentaires

.....Adrien Faure peut s'endormir tranquille, la jeune relève est là..........

Écrit par : ahlala | 15/02/2016

Et si les gens de là-bas n'avaient pas les mêmes référentiels que les analystes d'ici ? Et si on s'interrogeait sur les buts réels des uns et des autres ? Et si le temps n'avait pas la même valeur ? Et si la symbolique n'avait pas la même importance ? Et si le "vrai" n'avait pas le même sens pour tous ? Et si l'information aussi accessible que vous le pensez était non seulement pervertie par les objectifs et les valeurs des sources mais surtout qu'une grande partie ne vous soit jamais accessible ?

Votre idée de fond de remettre en cause l'analyse que nous pouvons faire avec nos lunettes teintées de notre culture est correcte. Mais la révolution avec laquelle vous pensez changer de perspective reste complètement enfermée dans notre culture et ne s'ouvre pas à celles des protagonistes.

Je vous raconte une histoire.

A Jerusalem, sur le Mont des Oliviers, il y a un vieux cimetière juif âgé de 2500 ans (le plus vieux du monde encore en service). Il fait face à la Vieille-Ville et à ses murailles avec un petit vallon entre eux. Plus précisément, il fait face aux fameuses mosquées qui elles-mêmes sont construite sur l'ancien temple juif. Selon la tradition juive, lors de la résurrection des morts, les âmes se relèveront et pourront "marcher" vers le temple. Fadaises ? Alors expliquez pourquoi les musulmans ont décidé de murer les portes qui font face au cimetière ?

On continue. Dans le judaïsme, les descendants du grand-prêtre (le frère de Moïse, Aaron le Cohen) ne sont pas enterrés avec les autres et, de leur vivant, ne peuvent même pas entrer dans un cimetière où sont enterrés les autres (ils ont leur carré à eux et des accès indépendants). Fadaises encore ? Alors pourquoi les musulmans ont-ils décidé de créer plusieurs rangées de tombes le long des murailles sur le chemins qui mène du cimetière au temple ?

Si un jour vous allez sur le Mont des Oliviers, observez ces portes murées et les rangées de tombes au pied des murailles. Et si personne ne vous avait raconté l'histoire, en observant avec la meilleure volonté du monde, auriez-vous pu comprendre par vous-même le langage des vieilles pierres ? Pensez-vous que "l'envoyé spécial" de nos médias soit compétent pour nous rapporter ce qui se passe réellement là-bas ?L'Orient est complexe et différent de l'Occident.

Écrit par : archi-Bald | 16/02/2016

Hello,

Intéressant l'article, en tous cas développé. Il y a des nuances dans mon interprétation de certaines affirmations. Par exemple, l'extrémisme religieux n'est qu'un prétexte pour se donner le droit à la terreur. P

Dans mon esprit et cela peut aussi s'appliquer à la colonisation de manière générale, l'être humain a 3 besoins essentiels à savoir manger, boire et avoir un toit. Quand il est privé d'un ou plusieurs de ces besoins, il cherche à combler la manque et la manière lui importe peu.

Le principe de propriété dans le sens "droit du sol" est la cause de beaucoup de conflits depuis toujours. L'être humain a peur de "l'inconnu", il veut nommer, apprivoiser ce qu'il ne connaît pas. Personne n'y déroge sauf qu'actuellement, en plus du principe de propriété, il y a la communication, la religion et l'économie.

Manger, boire et avoir un toit sont nos libertés...dans le respect de l'autre ! Car, en conclusion, notre liberté s'arrête là où commence celle de l'autre. Etre plutôt qu'avoir.

Écrit par : Gaël | 16/02/2016

Analyse d'un jeune retraçant objectifs et motifs des pouvoirs en place
pour fomenter- attiser- nourrir tous conflits / toutes destructions,
tirer les ficelles d'une propagation de Daesch et autres unités de salariés du crime au Moyen-Orient

Vous reconnaîtrez les pays et gouvernements concernés:

- S'octroyer un passage, de la Russie aux eaux syriennes, en extraire et y exploiter les fonds pétrolifères
- Se faire tirer un oléoduc en Syrie, de l'Iran à l'Europe
- Chercher la soluce, en émirats bloqués derrière la Syrie / en compétition perdue en OPEP, baisser les prix du baril à mort des marchés économiques dépendants,
- Ne rien faire car indépendant car compétiteur number 2 grâce aux schistes productifs
- Annexer de force après occupation militaire du Golan contre toutes lois internationales mais sous accord tacite de l'ONU / jusqu'à ce que du pétrole en jaillisse
- Ne laisser le président du Conseil de Sécurité de l'ONU à son poste qu'un mois
- en attendant.

Écrit par : divergente | 19/02/2016

"Moyen-Orient: à quand une analyse intelligente et objective?"

A quand ??? Et puis le tien ? Il n'est pas objectif ??

Écrit par : Martouille | 24/02/2016

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